Regard sur Incendies

Archive for the ‘langue arabe’ Category

Le bestiaire en résumé

Posted by anaïs sur 26 juin 2009

colibri

El Tannan Denis Villeneuve, dit le colibri

iguane

El Sahlina André Turpin, dit l’iguane

araigne

El Nakbout Jean Umanski, dit l’araignée d’eau

ours

Al Doub Éric Parenteau, dit l’ours

lionne

El Asad wa Al Teer Kim McCraw, dite la lionne, et Luc Déry, dit la tourterelle

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Al Teer wa El Asad – La Tourterelle et la Lionne

Posted by anaïs sur 17 juin 2009

(ou Luc Déry et Kim McCraw, l’inénarrable paire de producteurs à la tête de l’Épopée)

LeDuo
Ils ne sont pas toujours là mais jamais absents. Ils ne sont pas toujours ensemble mais jamais l’un sans l’autre. L’inénarrable paire, l’ineffable duo, l’incomparable alliance que forment Al Teer et El Asad se résume en peu de mots. Il est l’aura, elle est le corps. Il est l’air, elle est le feu. Leur simple présence donne envie d’exister.

Al Teer plane au-dessus du plateau de tournage, se pose en douceur exactement là où il faut pour avoir une vue d’ensemble sur l’orchestration de l’Incendie. Ses yeux brillants, vivantes petites billes noires, parcourent le spectacle. D’Al Teer émane un contrôle paisible de la situation. Une intelligence aiguisée. Sous ses plumes, comme un trésor bien gardé, une gentillesse unique, brute : du grand cru qu’elle ne distribue qu’authentiquement, jamais pour faire plaisir, jamais pour faire la belle. La Tourterelle est pure et c’est si rare.

Quand Al Teer se rapproche de la terre, c’est pour glisser une note, parfaitement juste, au Tannan. Ou pour rejoindre sa moitié. Couple inédit. La Lionne, qui avance au milieu de la jungle. Tous l’ont choisie reine, mais elle ne le sait pas. À travers sa lente démarche et son regard de fin du monde elle est une source intarissable à laquelle tous s’abreuvent. On se sent plus fort quand on est à côté d’elle alors on y est souvent. El Asad génère une force centrifuge, un charisme éblouissant. À son contact, tous deviennent un. Elle crée l’Arche de Noé, génère avec doigté la subtile cohésion qui transforme le groupe en famille.

Pendant que, perché sur le mât central, Al Teer maintient le cap du voyage, El Asad veille à la chimie des passagers. Avec eux, on irait partout et n’importe où. La Tourterelle et la Lionne ensemble inventent un tour du monde. E la nave va, fendant les flots, bravant les ouragans, embrasant les océans.

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Al Doub – L’ours

Posted by anaïs sur 10 juin 2009

(ou la force tranquille d’Éric Parenteau, 1er assistant réalisateur)

Ours

Le temps qui s’écoule sur son dos, les figurants qui bougent en automates, le muezzin qui s’épanche en écho sur le sort du monde, el Nakbout qui insiste pour capturer encore un son, el Tannan qui s’échauffe parce que son film lui coule entre les mains… De tout ça naîtrait un cri à séparer la mer en deux. Mais… Imperméable aux intempéries, Al Doub reste de marbre.

Il ne réagit pas tout de suite. Attends le juste moment de l’intervention. Et s’élance, sa force tranquille comme seule arme. Alors l’improbable n’existe plus et le chaos s’organise. Orchestrant le tout de sa douce poigne d’ours, Al Doub fait de l’ordre. Mais pas n’importe quel : Al Doub crée de l’espace artistique, au service del Tannan en ébullition.

Au milieu du Big Bang, il organise le système solaire. Et une fois que le monde tourne rond, il retourne temporairement dans son antre, le temps d’un soupir… avant de ressortir élégamment ses griffes.

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El Nakbout – L’araignée d’eau

Posted by anaïs sur 8 juin 2009

(ou Jean Umanski danse avec les sons)

Le jour baisse et le temps s’écoule. Le temps comme de l’or sur un plateau de tournage. Il reste quelques minutes pour le plan suivant mais la voix de l’araignée d’eau ose, magnifiquement : «Son libre s’il-vous-plaît !». Temps suspendu une fraction de seconde : «Oui monsieur Umanski, il-nous-plaît.» Qui oserait contredire le maître du son ?

Alors que la fourmilière s’activait déjà, préparant le prochain plan, on s’immobilise, on appelle au silence. C’est beau de voir un groupe en suspend. Trente personnes postées au coeur du désert qui ensemble font silence. Les regards posés sur l’homme au micro, on lui prête volontiers notre souffle interrompu. C’est là que l’araignée d’eau s’éveille, glissant majestueusement sur la surface du monde. Quand on refait une scène sans image, juste au son, Monsieur Umanski au milieu des silencieux s’élance, glisse d’un son à l’autre, faisant valser son micro, passant lentement un pied par-dessus l’autre, tournant sur lui-même, au ralenti.

Au milieu des statues retenant leur souffle El Nakbout danse. Le désert, des dizaines de corps immobiles, une carcasse d’autobus brûlée, un camion de pompier, un âne et un bédouin comme spectateurs inusités. Le ballet est délicieusement absurde, parfaitement poétique.

Puis l’araignée d’eau se retire doucement et l’activité reprend.

Mais, et ça j’en suis sûre, le monde est un peu transformé.

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El Sahlina – L’iguane

Posted by anaïs sur 8 juin 2009

(ou André Turpin derrière sa caméra)

AndreTurpin

Immobile au centre du désert, on s’agite autour mais l’iguane ne bouge pas, enraciné dans l’espace. Comme le rocher au milieu du torrent, calme. Il attend posément sa proie.

Le regard aiguisé, affûté au couteau, il attrape le mouvement, l’instant et la lumière en même temps. D’un coup d’oeil précisément vivant. Entre ciel et terre il capture le nuage ou le visage. Et ne le rendra pas.

El Sahlina mange le monde par les yeux. Et le monde aime ça.

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El Tannan (en arabe) – Le colibri

Posted by anaïs sur 16 mai 2009

(ou Denis Villeneuve en ébullition)

Denis Villeneuve

Il a les yeux en lune et l’éclat pris dedans.

Ça fourmille autour de lui : on réinvente la guerre en tableau. Maintenant. Des tanks des cris puis le lancer d’un récit à orchestrer. Le colibri s’anime.

L’aile en feu, le coeur en ébullition, il fait les cent pas. Au milieu de la rue, parmi la dizaine de figurants, le colibri cogite. Il marche vite et dans tous les sens en même temps, les idées en berne. Étincelles.

Moi, tant bien que mal, je le suis. Deux possibilités : un cadre fixe qu’il traverse ou une caméra volante, qui le poursuit. Je dois archiver l’alchimie d’un plan, d’une scène.

Quand le colibri s’agite, une scène en concoction, ma petite caméra s’échauffe et moi derrière, tentant tant bien que mal de saisir l’animal. Puis, les idées trouvent leur place, le chaos s’orchestre, le récit prend vie. Majestueusement, finalement.

Et l’oiseau se pose un temps, jusqu’à la prochaine scène.

Il trouvera plus tard le temps de douter. Ça rassure un tel oiseau qui doute. Chapeau Villeneuve.

Le reste du petit bestiaire incendiaire suivra…

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Petits récits palestiniens (2) : Ce jour-là chez Siham

Posted by anaïs sur 11 avril 2009

Notes de mon cours d’arabe de la journée :

wahad misal : un exemple
amsele : des exemples
teer, tuyuut : oiseau, oiseaux
oufadil : je préfère
rime, ruyum : nuage, nuages
rabe : forêt
sijen : prison
tahèt : tirer
jouni : soldat
qawèm : résistance
hajaar : pierre
shahid, suhada : martyr, martyrs
huwwe mat : il est mort
ana qararet imel ishi : j’ai décidé de faire quelque chose
ana jibet : j’ai amené
mussadas : un petit fusil
tahuuni : ils m’ont tiré
darabuni : ils m’ont frappé
areed : sol
dam : sang
hajez : checkpoint

Mon professeur a perdu son meilleur ami (sadik) tué par des soldats (jouni). Il s’est vengé, a tenté de tuer un soldat israélien et il s’est fait battre et a purgé dix ans (ashar sniin) de prison (sijen) de laquelle il sort tout juste.
Il dit qu’il est chanceux (mahzoon) parce que tous les autres purgent plus que ça.

Voilà pour le cours de la journée.

En rentrant chez Siham, j’ai mangé du pigeon farci et c’était délicieux. À table il y avait une amie à elle, une madame aux cheveux permanentés avec des gros seins. Elle a un défaut de langage, certaines lettres restent prises dans sa gorge. Je comprenais pas grand chose quand elle parlait. Alors elle a mimé. Elle est prof d’aérobie. J’ai eu droit à sa panoplie d’exercices – pour les fesses, pour les seins, pour le ventre, pour les cuisses – live, au milieu du salon ! J’ai tenté de retenir mon fou rire, en vain. Muna (c’est son nom), comme dans tous mes cours d’arabe… Muna c’est comme John dans les cours d’anglais. Muna fait ses courses, Muna à la campagne, Muna fait de l’exercice, etc. Muna donc se démenait sans arrêt dans le salon, sérieuse, me faisant une démonstration minutieuse de tous ses exercices. Couchée par terre, rebondissant sur une chaise, sautant d’une patte à l’autre… wow… Siham regardait le spectacle, posément. Et moi j’essayais de pas trop rire.

Voilà. Je retourne à mon écriture, et vous embrasse ktiir ktiir.

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