Regard sur Incendies

Archive for the ‘anecdotes’ Category

Déjeuner sur sable

Posted by anaïs sur 21 mai 2009

Decor

Il y avait un décor. Magnifique. On y avait posé des plantes sèches et de fins rideaux, fait brûlé des livres, accroché des vêtements pour qu’ils flottent au vent.

Et puis il y avait des chèvres, qui ont tout mangé.

Ainsi soit-il.

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Petits récits palestiniens (6) : Inventaire culinaire

Posted by anaïs sur 23 avril 2009

Petit inventaire culinaire.

Rus :

Pendant 3 jours, Siham a préparé son Rus. Plat festif, réservé pour les grandes occasions, ce plat consiste à disposer sur plusieurs étages différentes parties du mouton. Un genre de pâté chinois chic, mettons. On fait donc bouillir les têtes de moutons, en attente patiente depuis plusieurs jours déjà dans la cuisine. Leur cerveau est l’élément central du plat. C’est lui qui occupe le plus d’étages dans le pâté. Viennent ensuite les boyaux, méticuleusement nettoyés et renettoyés par Sitt Siham, qu’on va coudre en petits coussins fourrés de riz à la cannelle, en regardant Al-Jazeera. J’ai du mal à coudre un bouton alors des coussins d’intestins de mouton, je dis pas… Heureusement que le monsieur d’Al-Jazeera avait beaucoup de choses à nous raconter et que nous on avait tout notre temps. Une fois cousus les petits coussins vont passer deux heures à la cocotte minute. Et attendre, à côté des têtes vidées mais toujours souriantes  – oui, les crânes de moutons, je vous jure, ils sourient ! – le grand jour. Qui arrive, avec ses invités bien habillés, les bras pleins de bouquets pour Siham qui les mettra au milieu du jardin.

En famille, les dames se «déhidjabisent», me saluent : «Marhaba Nana. Keef alik Nana…» Tout le monde m’appelle poliment Nana, c’est ainsi que me présente Siham car Anaïs c’est trop compliqué. On passe à table. Il y a plusieurs plats : deux de Rus (plusieurs étages de cervelle, un de pain grillé, un de labneh, deux de riz, couronné de persil et de pignons de pain), un bol de cervelle seulement pour les gourmands, un de salade du jardin, un de petits coussins desquels on enlève les fils un à un. Tout le monde est ravi. Bien entendu, je ne dis à personne que je suis végétarienne, ça gâcherait le plaisir de tous, moi la première. Je mange. C’est… intéressant. Je mélange mon nouveau vocabulaire : on rigole à table quand je dis en arabe que je ne mange pas souvent de «mémoire» de mouton.

Tatle iburda’an :

En préparation. J’ai cueilli les clémentines mûres dans l’arbre. Deux gros paniers complets. On les a râpées. De jour, puis de soir. Un moment de bonheur en râpant l’écorce de clémentines fraîches devant la ville de Naplouse qui s’illumine sur la montagne, la prière du soir (ma favorite) en écho sur les collines. Les clémentines sont actuellement sur le feu. À suivre.

Le souper d’hier soir :

Je mange tout le temps. Tout le monde m’invite, à n’importe quelle heure de la journée, et je dis oui. Je mange donc tout le temps. Ainsi soit-il, il faut ce qu’il faut pour écrire un bon film. Donc en rentrant chez Siham, je n’ai pas faim, évidemment. Elle, drôle de petite femme, soupe vers 22h30, 23h… Je peux quand même pas la laisser souper toute seule, c’est triste.

Je mange donc avec elle, encore. Hier, j’ai osé (on commence à se connaître) lui dire que je n’avais pas trop trop faim. Soit, on va faire ça tout simple. Elle venait de se procurer ses 20 kilos de fromage frais, du village d’à côté. C’est la saison, m’explique-t-elle : l’herbe est fraîche, les brebis gourmandes, le fromage est à son meilleur. Elle le fait tremper dans l’eau pour enlever un peu de sel. Le livreur de lait est aussi passé donc on boit du lait chaud avec du miel (du village aussi) et de la cardamome (c’est mon petit ajout, qu’elle adopte). Fromage frais qui goûte presqu’encore la montagne. Et tomates. Tout vient de la terre. Autour.

En mangeant ce énième repas (le meilleur de la journée), je comprends encore un peu mieux pourquoi ils l’aiment tant, cette terre. Siham sort les albums photos. Une pile. Il est minuit. On passe à travers les générations dans la même maison, les mariages, les années d’université, Siham en mini jupe. Une vie normale. Derrière il y a plusieurs souffles de guerre. Mais elle n’est pas sur les photos. Si on donnait des prix aux artisans de la vie, je le donnerais à Siham. Que ça explose, ça pleure ou ça crie, tant pis : la vie, elle se la fabrique jolie. Qu’on se le tienne pour dit.

Le vin :

J’allais oublier le chapitre alcoolisé. C’est parce qu’il est un peu censuré, ici, vous me pardonnerez. J’ai une soirée d’adieu demain soir, chez des amis. Ils ne sont pas trop religieux et pour les soirées festives, peuvent boire du vin. Mais trouver du vin à Naplouse est une expérience digne d’un épisode de Fort Boyard. C’est Fino, un grand gaillard sympathique qui part en quête du nectar palestinien. Il existe en effet quelques vignes… chez les Samaritains.

Courte définition de Wikipédia : «Les Samaritains offrent le paradoxe d’être à la fois une des plus petites population du monde, puisqu’ils sont 712 en 2007 (autour de 800 aujourd’hui), et une des plus anciennes dotée d’une histoire écrite. Leur religion est basée sur le Pantateuque, comme le judaïsme. Ils sont un peuple apparenté aux Juifs et qui vit en CisJordanie (Palestine).»

Ils parlent arabe… Le bon Samaritain, c’est un des leurs… Sans doute celui qui a les vignes, d’ailleurs ! Les Palestiniens qui ont envie de briser les règles (boire de l’alcool est bien entendu haram : interdit par la religion), peuvent donc se rendre chez les Samaritains. C’est ce que Fino a fait pour me procurer deux bouteilles de vin «mis en bouteille en Palestine». Il a dû braver deux checkpoints. «Le soldat était de mauvaise humeur», m’a-t-il dit. Il ne voulait pas le laisser passer. Mais, il y a des jours heureux, c’était l’anniversaire de Fino ce jour-là. Il a montré sa carte d’identité au soldat, qui a eu un élan de sympathie. Je pourrai donc goûter au vin samaritain demain.

Vous en donnerai des nouvelles.

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Petits récits palestiniens (2) : Ce jour-là chez Siham

Posted by anaïs sur 11 avril 2009

Notes de mon cours d’arabe de la journée :

wahad misal : un exemple
amsele : des exemples
teer, tuyuut : oiseau, oiseaux
oufadil : je préfère
rime, ruyum : nuage, nuages
rabe : forêt
sijen : prison
tahèt : tirer
jouni : soldat
qawèm : résistance
hajaar : pierre
shahid, suhada : martyr, martyrs
huwwe mat : il est mort
ana qararet imel ishi : j’ai décidé de faire quelque chose
ana jibet : j’ai amené
mussadas : un petit fusil
tahuuni : ils m’ont tiré
darabuni : ils m’ont frappé
areed : sol
dam : sang
hajez : checkpoint

Mon professeur a perdu son meilleur ami (sadik) tué par des soldats (jouni). Il s’est vengé, a tenté de tuer un soldat israélien et il s’est fait battre et a purgé dix ans (ashar sniin) de prison (sijen) de laquelle il sort tout juste.
Il dit qu’il est chanceux (mahzoon) parce que tous les autres purgent plus que ça.

Voilà pour le cours de la journée.

En rentrant chez Siham, j’ai mangé du pigeon farci et c’était délicieux. À table il y avait une amie à elle, une madame aux cheveux permanentés avec des gros seins. Elle a un défaut de langage, certaines lettres restent prises dans sa gorge. Je comprenais pas grand chose quand elle parlait. Alors elle a mimé. Elle est prof d’aérobie. J’ai eu droit à sa panoplie d’exercices – pour les fesses, pour les seins, pour le ventre, pour les cuisses – live, au milieu du salon ! J’ai tenté de retenir mon fou rire, en vain. Muna (c’est son nom), comme dans tous mes cours d’arabe… Muna c’est comme John dans les cours d’anglais. Muna fait ses courses, Muna à la campagne, Muna fait de l’exercice, etc. Muna donc se démenait sans arrêt dans le salon, sérieuse, me faisant une démonstration minutieuse de tous ses exercices. Couchée par terre, rebondissant sur une chaise, sautant d’une patte à l’autre… wow… Siham regardait le spectacle, posément. Et moi j’essayais de pas trop rire.

Voilà. Je retourne à mon écriture, et vous embrasse ktiir ktiir.

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