Regard sur Incendies

La fin

Posted by anaïs sur 29 juin 2009

Cette fois-ci je ne chercherai pas les mots. Parce qu’il y en a trop et que je n’ai pas envie de les choisir. Parce que j’ai envie de les laisser là, entre les étendues désertiques et les fines ruelles, au creu des rides d’un vieux berger, au fond du rire d’un enfant du camp, dans la majesté du chant des mosquées, dans les « silence ! » et les « coupez ! » criés en arabe en écho au français.

L’aventure incendiaire a tous les mots du monde. Son murmure s’est installé en moi. Il est là pour rester. Bientôt, promis, vous l’entendrez aussi.

Massalama ! Au revoir.
C’était bien de vous savoir là.

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Le bestiaire en résumé

Posted by anaïs sur 26 juin 2009

colibri

El Tannan Denis Villeneuve, dit le colibri

iguane

El Sahlina André Turpin, dit l’iguane

araigne

El Nakbout Jean Umanski, dit l’araignée d’eau

ours

Al Doub Éric Parenteau, dit l’ours

lionne

El Asad wa Al Teer Kim McCraw, dite la lionne, et Luc Déry, dit la tourterelle

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Petit hymne à l’arak

Posted by anaïs sur 25 juin 2009

Une journée sèche de soleil cuisant
les traits tirés et la fatigue en manteau
le sommeil sur le pas de nos portes
qui pourrait l’emporter si…
mais…
la bouteille sur le comptoir
qui ailleurs peut-être passerait inaperçue
qui ici prend toute sa saveur
celle d’une fin de journée
de tournage
dans le désert
celle d’une journée hors de l’ordinaire
dans le sens d’unique
d’extraordinaire
qui, plus jamais, ne se reproduira.
Alors il faut boire.
Pour goûter.
L’arak pur d’abord. Cristallin.
Puis l’eau qui s’y mélange dans une lente et parfaite union blanche.
Puis la glace. Trois glaçons.
Répartition des verres.
Parce que l’arak est contagieux et, comme toute bonne chose, est encore meilleure à plusieurs.
Les verres se lèvent à la santé de la chance qu’on a d’être là.
Au bonheur de s’en rendre compte, de cette chance-là.
Les verres se lèvent au début de la nuit.
Parfois se déposent beaucoup plus tard.
À l’appel matinal du muezzin.
Parce que l’arak est divin et qu’on a qu’une vie.
Voilà.

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Al Teer wa El Asad – La Tourterelle et la Lionne

Posted by anaïs sur 17 juin 2009

(ou Luc Déry et Kim McCraw, l’inénarrable paire de producteurs à la tête de l’Épopée)

LeDuo
Ils ne sont pas toujours là mais jamais absents. Ils ne sont pas toujours ensemble mais jamais l’un sans l’autre. L’inénarrable paire, l’ineffable duo, l’incomparable alliance que forment Al Teer et El Asad se résume en peu de mots. Il est l’aura, elle est le corps. Il est l’air, elle est le feu. Leur simple présence donne envie d’exister.

Al Teer plane au-dessus du plateau de tournage, se pose en douceur exactement là où il faut pour avoir une vue d’ensemble sur l’orchestration de l’Incendie. Ses yeux brillants, vivantes petites billes noires, parcourent le spectacle. D’Al Teer émane un contrôle paisible de la situation. Une intelligence aiguisée. Sous ses plumes, comme un trésor bien gardé, une gentillesse unique, brute : du grand cru qu’elle ne distribue qu’authentiquement, jamais pour faire plaisir, jamais pour faire la belle. La Tourterelle est pure et c’est si rare.

Quand Al Teer se rapproche de la terre, c’est pour glisser une note, parfaitement juste, au Tannan. Ou pour rejoindre sa moitié. Couple inédit. La Lionne, qui avance au milieu de la jungle. Tous l’ont choisie reine, mais elle ne le sait pas. À travers sa lente démarche et son regard de fin du monde elle est une source intarissable à laquelle tous s’abreuvent. On se sent plus fort quand on est à côté d’elle alors on y est souvent. El Asad génère une force centrifuge, un charisme éblouissant. À son contact, tous deviennent un. Elle crée l’Arche de Noé, génère avec doigté la subtile cohésion qui transforme le groupe en famille.

Pendant que, perché sur le mât central, Al Teer maintient le cap du voyage, El Asad veille à la chimie des passagers. Avec eux, on irait partout et n’importe où. La Tourterelle et la Lionne ensemble inventent un tour du monde. E la nave va, fendant les flots, bravant les ouragans, embrasant les océans.

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Al Doub – L’ours

Posted by anaïs sur 10 juin 2009

(ou la force tranquille d’Éric Parenteau, 1er assistant réalisateur)

Ours

Le temps qui s’écoule sur son dos, les figurants qui bougent en automates, le muezzin qui s’épanche en écho sur le sort du monde, el Nakbout qui insiste pour capturer encore un son, el Tannan qui s’échauffe parce que son film lui coule entre les mains… De tout ça naîtrait un cri à séparer la mer en deux. Mais… Imperméable aux intempéries, Al Doub reste de marbre.

Il ne réagit pas tout de suite. Attends le juste moment de l’intervention. Et s’élance, sa force tranquille comme seule arme. Alors l’improbable n’existe plus et le chaos s’organise. Orchestrant le tout de sa douce poigne d’ours, Al Doub fait de l’ordre. Mais pas n’importe quel : Al Doub crée de l’espace artistique, au service del Tannan en ébullition.

Au milieu du Big Bang, il organise le système solaire. Et une fois que le monde tourne rond, il retourne temporairement dans son antre, le temps d’un soupir… avant de ressortir élégamment ses griffes.

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El Nakbout – L’araignée d’eau

Posted by anaïs sur 8 juin 2009

(ou Jean Umanski danse avec les sons)

Le jour baisse et le temps s’écoule. Le temps comme de l’or sur un plateau de tournage. Il reste quelques minutes pour le plan suivant mais la voix de l’araignée d’eau ose, magnifiquement : «Son libre s’il-vous-plaît !». Temps suspendu une fraction de seconde : «Oui monsieur Umanski, il-nous-plaît.» Qui oserait contredire le maître du son ?

Alors que la fourmilière s’activait déjà, préparant le prochain plan, on s’immobilise, on appelle au silence. C’est beau de voir un groupe en suspend. Trente personnes postées au coeur du désert qui ensemble font silence. Les regards posés sur l’homme au micro, on lui prête volontiers notre souffle interrompu. C’est là que l’araignée d’eau s’éveille, glissant majestueusement sur la surface du monde. Quand on refait une scène sans image, juste au son, Monsieur Umanski au milieu des silencieux s’élance, glisse d’un son à l’autre, faisant valser son micro, passant lentement un pied par-dessus l’autre, tournant sur lui-même, au ralenti.

Au milieu des statues retenant leur souffle El Nakbout danse. Le désert, des dizaines de corps immobiles, une carcasse d’autobus brûlée, un camion de pompier, un âne et un bédouin comme spectateurs inusités. Le ballet est délicieusement absurde, parfaitement poétique.

Puis l’araignée d’eau se retire doucement et l’activité reprend.

Mais, et ça j’en suis sûre, le monde est un peu transformé.

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El Sahlina – L’iguane

Posted by anaïs sur 8 juin 2009

(ou André Turpin derrière sa caméra)

AndreTurpin

Immobile au centre du désert, on s’agite autour mais l’iguane ne bouge pas, enraciné dans l’espace. Comme le rocher au milieu du torrent, calme. Il attend posément sa proie.

Le regard aiguisé, affûté au couteau, il attrape le mouvement, l’instant et la lumière en même temps. D’un coup d’oeil précisément vivant. Entre ciel et terre il capture le nuage ou le visage. Et ne le rendra pas.

El Sahlina mange le monde par les yeux. Et le monde aime ça.

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La suite du bestiaire

Posted by anaïs sur 8 juin 2009

J’ai été happée par plusieurs incendies. Excusez donc ma temporaire disparition. Pour marquer mon retour, voici la suite du petit bestiaire incendiaire.

Pour compléter l’arche de Noé en perdition sur la mer morte, après El Tannan (Denis Villeneuve), voici El Sahlina (André Turpin, directeur photo) et El Nakbout (Jean Umanski, ingénieur du son).

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Requiem au sixième

Posted by anaïs sur 28 mai 2009

Amman

Dehors les lumières de la ville sur Amman qui s’épuise. Fin de journée.

Au sixième étage de l’Hôtel Belle Vue, en reflets dans la vitre en cinémascope, une dizaine de silhouettes figées dans l’espace, suspendues aux bribes du récit incendiaire. On regarde les rushes.

Silences et murmures. Miettes de peur, de désirs et de plaisirs délicieusement en suspens dans l’air du lounge climatisé.

Au loin des feux d’artifices. Le muezzin s’éveille.

À chacun sa messe.

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L’homme sous l’arbre

Posted by anaïs sur 26 mai 2009

Parmi les 160 figurants, il y avait un homme. Entre chaque prise, il se réfugiait à l’ombre d’un arbre et regardait la scène, le regard errant d’un bord à l’autre de la catastrophe.

Après un temps, il ramassait une marguerite et la plumait, doucement. Longtemps. Même petit rituel entre chaque prise. C’est tout. Une façon peut-être de survivre au souvenir.

Je me suis rappelée Boris Cyrulnik :

«La poésie est désuète pour ceux qui sont gavés, mais quand le réel est insupportable, elle prend la valeur d’une arme de survie. C’est celui qui parvient à se réfugier dans son monde intérieur qui résiste le mieux. Les poètes alors deviennent des surhommes. Ils se délectent de l’étonnement de survivre et sont avides de «pourquoi». C’est ainsi qu’ils échappent à la cruauté du lieu.»

L’homme sous l’arbre était un poète, peut-être.

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